1948 : La plaine de Moirans sous les eaux


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> Créé le 23 juillet 2008 | Modifié le 11 février 2011
A Moirans, entre les Etablissements Payre et les Vernes.Le soir du 19 juin 1948, les eaux gonflées du Serpent et du Dragon inondent la plaine de Moirans. Voici le compte-rendu des événements paru en septembre 2001 dans la revue Le Renouillard. Un grand merci pour ce travail de mémoire.

La crue de 1948 est encore présente dans la mémoire collective des moirannais témoins de l’événement. On se souvient de la rivière qui, entre le Fontanil et Moirans, ne formait plus qu’un immense lac de 15 km de long sur 4,5 km de large. La plaine de Moirans a été totalement inondée. Particulièrement éprouvés, les habitants des Iles sont traumatisés. Retour sur cette crue catastrophique qui fort heureusement ne fit aucune victime.

L’été 1948 arrive, les foins ne sont pas encore rentrés et les récoltes s’annoncent prometteuses. Mais la météo est capricieuse : il pleut beaucoup depuis quelques jours dans la région. Samedi 19 juin, un scénario déjà connu va se répéter : les eaux tumultueuses du « Serpent et du Dragon », surnoms donnés autrefois par là population à l’Isère et à son affluent, le Drac, se sont rejointes... Une nouvelle fois Moirans est inondé.

Alerte !
A 14 h, la sirène d’alarme est déclenchée. Les digues sont rompues entre le Fontanil et Voreppe. A 16 h, une nouvelle brèche s’ouvre dans la digue à hauteur de la propriété Oddos à Moirans. Les prémices d’une catastrophe sont annoncées. Les secours sont rapidement organisés en collaboration avec les Ponts-et-Chaussées et les élus locaux. Le préfet de l’Isère, M. Reynier se rend à Moirans. Les soldats du 4e régiment du génie interviennent, avec le renfort des pompiers et de la population. En soirée, l’eau monte toujours. Georges Martin - maire de Moirans - et les maires du Fontanil et de Voreppe, prennent la décision de faire évacuer les habitants et le bétail des fermes menacées. A 22 h, au-dessous de Voreppe, la digue cède à son tour face au bec de I’Echaillon. A 23 h 20 : la digue du Palluel est emportée. Rapidement, toute la plaine de Moirans est inondée.

Dimanche matin, une nouvelle rupture de digue se produit. Au lever, les habitants mesurent l’étendue du désastre. Un flot boueux s’est déversé dans les maisons et les terrains agricoles. Pas de doute, le spectacle de désolation impose de quitter rapidement les lieux. L’eau atteint 1,20 m à l’Ile Bernard et gagne déjà le premier étage de plusieurs fermes. Les habitations sont évacuées à l’aide de barques. Arrivée jusqu’au Café Maillot, vers la gare, et à quelques centaines de mètres du passage à niveau de la Galifette, l’eau se serait arrêtée à environ 300 m des cités ouvrières Martin.

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Face au Bec de l’Echaillon, une brèche dans les digues de l’Isère et du Palluel permet à l’eau de s’engouffrer dans la plaine.

Le ravitaillement s’organise : distribution de lait en poudre, pâtes alimentaires, couvertures, pour les habitants sinistrés, fourrages pour les animaux. Toute la riche et fertile vallée agricole du Grésivaudan est submergée. Au total, environ 8 000 hectares de maïs, blé, foin, pommes de terre, fruits, vignes sont anéantis. Si les dégâts sont importants à Pontcharra et Brignoud, le Bas Grésivaudan et plus particulièrement les communes de Voreppe et Moirans, sont touchées (Tullins, Veurey, Saint-Quentin ne seront pas épargnés)... A Moirans, environ 1 200 hectares sont sous les eaux. 120 foyers groupant 420 personnes sont sans abri dans le secteur des Lies. Consolation : la quasi-totalité du bétail a pu être sauvée à Moirans : 552 bêtes sont évacuées, 138 bêtes sont transférées en alpage (250 hectares ont été cédés par les Eaux-et-Forêts) et 557 bêtes sont restées sur place. En amont de Grenoble, les paysans n’ont pas tous eu cette chance : plusieurs bestiaux (veaux, moutons, volailles, quelques chevaux) ont été emportés par le courant.

La Route Nationale est envahie par les eaux du Pommarin et la circulation routière est coupée entre Moirans et Voreppe. Le transport ferroviaire (ligne Lyon-Grenoble) est également interrompu pour plusieurs semaines. Les trains sont stoppés à Moirans. Les voies de communication sont totalement coupées entre Grenoble, Valence et Lyon.

Le soleil revient...
Mardi matin, on constate les dégâts et on fait les comptes... La catastrophe est évoquée à l’Assemblée Nationale. Les Députés de l’Isère, - Messieurs Bonnet, Grimaud, Terpend, et Novat, Conseiller de la République MRP [1] -adressent un télégramme à Robert Schuman, Président du Conseil pour demander un secours d’urgence pour les populations sinistrées. Le Progrès titre à la Une du 22 juin 1948 : « Un demi milliard de dégâts dans la plaine inondée de l’Isère » [2], ce qui évidemment représente pour les communes une somme d’argent considérable.

Un programme national de secours aux sinistrés est mis en place et les populations seront indemnisées à l’automne 1948. Fatalité ? Négligence ? Chaque catastrophe donne un regain d’actualité à l’aménagement de l’Isère. Les projets sont en effet nombreux mais faute d’argent - la guerre impose d’autres priorités - ils dorment dans des dossiers. En attendant le déblocage de crédits on pare, comme pour toutes les inondations, au plus pressé, et les travaux sont partiellement réalisés. Mais l’inondation de 1948 marque profondément l’opinion publique. Le Conseil Municipal de Moirans réuni le 23 juin proteste contre le manque de mesures prises par les pouvoirs publics qui conduit les cultivateurs d’une des régions « les plus riches du pays » à abandonner peu à peu les terrains inondés. Il demande à ce qu’un projet soit arrêté « le moins coûteux », en raison d’une situation financière déjà très difficile.

Depuis 1948 l’Isère et le Drac n’ont pas eu de crues importantes [3]. Il faudra cependant attendre les années 1960-1970 pour que de gros travaux d’aménagement soient engagés : endiguement des points sensibles, renforcement et élévation des digues existantes, construction de canaux, réalisation de dragages massifs des lits de l’Isère et du Drac. La dernière inondation de Moirans est récente : elle n’est pas due à l’Isère mais à la rivière de la Morge qui a débordé en décembre 1991.

Anne-Marie Coste, Archives municipales de Moirans.

Réparations

Après la catastrophe, vient le temps des travaux :
- 1948 : les réparations de la brèche du Palluel

Inondations

D’autres pages sur les crues historiques :
- 1948 : 8 000 ha inondés dans le Grésivaudan
- 1928 : les deux rives inondées en aval de Grenoble
- 1859 : Grenoble inondé le 2 novembre 1859

Voreppe

Désolation au niveau du passage à niveau de Voreppe.

Moirans

Submersion de la voie ferrée entre Voreppe et Moirans.

Brèche du Palluel

Au premier plan, lancement de la passerelle et début des travaux.

Sauvetage des chevaux à Moirans

De gauche à droite : Victor Tiso tirant la barque, Gauthier Antoniasi, Gilbert Fournier, Emile Fournier (avec une rame dans la main droite). Derrière lui à gauche : M. Robin, le capitaine des pompiers de Moirans. A droite : M. Girin.

Au Grand Fays

Des chevaux et des hommes...

[1] MRP : Mouvement Républicain Populaire.

[2] 500 millions d’anciens francs = 75 millions de nouveaux francs en 1990. A titre de référence le budget de la commune de Moirans en 1948 était de 3 100 000 F (anciens francs) ce qui équivaut à 465 000 F (nouveaux francs).

[3] L’Isère aurait une nouvelle fois débordé en 1955.

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