Bois Français : qu’en dire 40 ans après ?


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> Créé le 3 juillet 2008 | Modifié le 12 octobre 2012
La boucle de Bois Français dans les années 80.La coupure de Bois Français a été mise en œuvre pour résoudre un problème crucial : l’engravement du bief Brignoud-Domène à raison d’un apport solide annuel estimé à 50 000 m3. Genèse du projet et explications techniques sur les choix définitifs.

Suite aux travaux d’endiguement de 1860 dans le Grésivaudan, l’Isère a subit, à l’amont et à l’aval de Grenoble, d’importants rehaussements. Il en est résulté un relèvement du niveau des embouchures des canaux d’assainissement et une ascension progressive de la nappe phréatique. Présentant une hauteur insuffisante en de nombreux points, les digues étaient parfois submergées lors des crues. De grands travaux d’assainissement et de protection se sont donc révélés nécessaires. C’est l’industriel Schneider qui remporta le concours lancé par l’Etat en 1926.

Le projet
Le programme de travaux prévoyait la coupure de trois boucles de l’Isère : celle de Bois Français, celle de La Taillât et celle des Sablons. Sur ces secteurs, la pente du lit étant naturellement plus faible qu’en amont (0,6 mm par mètre contre 1,3 mm/m), les atterrissements constatés depuis 1860 étaient de l’ordre de 0, 80 m au pont de Domène, de 1,60 m au pont de la Bâtie, de 1,20 m au pont de Brignoud, et de 1 m au pont de Tencin. En raccourcissant le linéaire d’écoulement, la coupure des trois boucles aurait fait passer la pente du lit de 0,65 mm/m à 0,85mm/m, ceci s’accompagnant d’une érosion régressive approfondissant le lit sur une grande largeur en amont des coupures.

La mise en mouvement par érosion d’un volume considérable de graviers n’était pas sans présenter un grave danger pour la traversée de Grenoble dont les fonds étaient restés stables depuis 1860. C’est pourquoi la mise en mouvement de cette masse devait s’opérer très progressivement, sous le contrôle d’un certain nombre d’ouvrages. Le projet prévoyait donc, en amont de chaque coupure, la mise en place d’un barrage de garde. Son rôle était de permettre de contrôler les débits entre la boucle et son court-circuit, mais aussi de fixer le niveau de fond du lit, et donc le profil en long amont de façon variable et progressive. Ainsi, à terme, on comptait retrouver les fonds de 1860...

Ingénierie
La problématique étant évidemment complexe et délicate, en 1948 il est décidé de faire exécuter un « modèle réduit physique » par les laboratoires Neyrpic [1]. Il devait permettre de répondre aux interrogations suivantes :
- est-il efficace ou tout au moins opportun de procéder à la coupure des boucles de l’Isère ?
- quelle sera l’influence de ces coupures sur le lit de la rivière ?
- quelle sera la répartition dans le temps et dans l’espace des creusements et des engravements du lit ?
- est-il possible de remblayer hydrauliquement les boucles abandonnées en y dirigeant une partie du transport solide grâce à la manœuvre des barrages de garde ?
- est il possible de creuser la coupure à partir d’un chenal pilote qui s’agrandirait sous l’action de débit liquide, de façon à éviter le terrassements en grande masse ?

D’après les comptes-rendus de l’époque, le modèle physique a permis de valider les points suivants :
- efficacité de la coupure vis-à-vis du curage des secteurs amont,
- maîtrise des dépôts en aval moyennant une mise en service très progressive de la coupure, laissant le temps aux matériaux d’effectuer leur transit jusqu’au delà de Grenoble (à défaut, des fouilles d’extraction s’avèreraient nécessaires),
- efficacité du chenal pilote permettant d’ouvrir progressivement la coupure grâce à l’écoulement, mais inefficacité quant au remblaiement naturel de la boucle court-circuitée (il s’agissait de gagner par remblaiement les terrains de la boucle),
- intérêt très relatif quant à la coupure de la boucle des Sablons, et réserve quant aux conséquences pour Grenoble d’une coupure à La Taillât.

Ce qui a été fait
A l’approche de 1968 - dans le contexte des projets d’infrastructures nécessaires à l’organisation des JO de Grenoble - les besoins en matériaux étaient considérables, notamment pour construire le remblai de l’autoroute voisine reliant Grenoble à Chambéry. Le projet s’est donc ainsi concrétisé :
- coupure unique de la boucle de Bois Français,
- terrassement de la coupure pour satisfaire le besoin de matériaux,
- pas de comblement de la boucle,
- pas de seuil amont pour contrôler l’érosion du lit amont,
- extractions en aval de la coupure. A signaler : pas la moindre trace d’une considération environnementale à l’époque, tout au plus géomorphologique...

La coupure de la boucle de Bois Français a été mise en œuvre pour résoudre le problème de l’engravement du bief Brignoud–Domène (depuis le début du XXe siècle) à raison d’un apport solide annuel estimé à 50 000 m3. De ce point de vue, cette coupure a bien permis de curer le bief. Pour éviter l’emballement du système - à savoir une érosion régressive trop importante et au delà de l’emprise prévue - les hydrauliciens de l’époque avaient mis des garde-fous au projet. Mais ils ont vite été rangés au placard, le long terme servant de magasin des accessoires... Là dessus est venue se greffer l’euphorie des extractions de matériaux (aujourd’hui prohibées). Tout ce qui dépassait de la surface de l’eau était considérée comme excédentaire. D’où les excès constatés en matière d’enfoncement de lit. Aujourd’hui, alors que nous sommes sur une phase de retour à l’équilibre en amont du Pont de Brignoud, le projet Isère amont programmé par le Symbhi prévoit d’implanter une plage de dépôt à la rupture de pente, soit au niveau de La Bâtie. D’une certaine façon, ces travaux viendront mettre la touche finale à la coupure de la boucle de Bois Français opérée il y a 40 ans.

La coupure de Bois Français

Entretien avec Michel Pinhas, Directeur de l’AD Isère Drac Romanche. © Institut des Risques Majeurs. 2009.

En savoir plus

A lire sur notre site :
- L’article du Progrès le lendemain de la coupure.
- Genèse de la solidarité contre l’inondation
- Naissance de l’AD

La coupure en 1968

Les trois coupures prévues...

Le projet prévoyait la coupure de trois boucles sur Isère amont : celle de Bois Français, celle de La Taillat et celle des Sablons...

Modélisation en 1948

Le modèle physique réprésentait à échelle réduite les méandres de l’Isère dans le Grésivaudan.

Mesures en 1947

Mesures de d’écoulement et de sédimentation dans un canal d’essais.

[1] Neyrpic deviendra plus tard Sogreah.

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