Retours sur la crue historique de 1859


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> Créé le 5 décembre 2009 | Modifié le 20 octobre 2011
Pas moins de 200 personnes présentes pour se pencher sur la crue dite « bicentennale ». Retours sur le colloque scientifique « Isère 1859 -2009, 150e anniversaire de la crue de référence » qui a rassemblé, le 5 novembre 2009, pas moins de 200 personnes sur le campus universitaire de Grenoble.

Ayant fait l’objet de nombreuses chroniques, gravures ou rapports, l’inondation de Grenoble le 2 novembre 1859 reste ancrée dans les mémoires. Toue la vallée du Grésivaudan fut concernée par la crue mais, comme deux universitaires de Chambéry sont venus le rappeler lors du colloque, il faut aussi s’intéresser à la Combe de Savoie - à la fois dans l’espace et dans le temps - pour comprendre les événements survenus en aval.

Après un premier endiguement de l’Arc en Maurienne [1], c’est la vallée de l’Isère entre Albertville et les portes du Dauphiné qui fait l’objet, entre 1829 et 1854, de soins attentifs de la part des Sardes. Au terme d’importants travaux, la Combe est complètement transformée par les endiguements. En lieu et place d’un lit divaguant et d’un tressage généralisé, l’Isère parcourt un chenal artificiel, s’épandant dans des bassins de colmatage lors des crues. Ce qui était projeté en vue de sécuriser les terres fertiles recélait cependant un inconvénient majeur : l’accroissement des transports solides par la rivière. Autre constat à déplorer : la fragilité des aménagements réalisés : en ce début novembre 1859, leur rôle fut effacé par les quantités d’eau dévalant les bassins versants de Tarentaise et de Maurienne. Engorgement du lit, surverse sur les digues, infiltrations, destruction des talus extérieurs par l’eau revenant vers le lit… Le système de protection de la Combe de Savoie a vite montré ses limites. Cette plaine étant encore peu habitée à cette époque, la crue a peu marqué les mémoires, ce qui n’a pas empêché la lame d’eau de continuer son chemin…

Vice-président du Pôle Grenoblois des Risques Naturels, Charles Obled avait bien préparé ce rendez-vous qui s’est déroulé à l’Ecole ENSE3 (Energie Eau Environnement) de l’INPG. Dans l’amphi Louis Neel, des représentants de l’administration, des spécialistes (hydrologie, hydraulique et météorologie), des élus, des étudiants et des gestionnaires. En tribune : des chercheurs et responsables du Laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de Montagne (Savoie), du Laboratoire d’étude des Transferts en Hydrologie et Environnement, du Laboratoire d’écologie Alpine, de la Direction Technique d’EDF, du Cemagref-Lyon, de Météo France, du Service de Prévision des Crues Alpes-Nord, de Sogreah, du Symbhi et de l’AD.
Comment expliquer un débit de l’Isère aussi conséquent : pratiquement 1900 m3/s à Pontcharra ? C’est l’une des questions que les chercheurs et spécialistes tentent de résoudre au travers de modélisations qu’ils sont venus présenter ce 5 novembre. Devant le manque de données collectées à l’automne 1859, chacun élabore des scénarios. Plus qu’un objet d’étude, la crue de 1859 est devenue un sujet d’enquête. Ce sur quoi tous semblent s’accorder, c’est que le phénomène résulte d’un exceptionnel enchainement de circonstances d’ordre nivo-météo- -rologiques. Durant la première quinzaine d’octobre, les conditions sont anticycloniques, et la période plutôt sèche. Avec un flux de secteur sud, l’isotherme 0° se situe à 3000 m. Entre le 20 et le 24, un air humide et froid s’installe, provoquant des pluies humectant les sols, avec des chutes de neige au dessus de 1500 m. Du 25 au 30, les températures sont à la hausse de façon modérée, ce qui n’empêche pas les épisodes pluvieux de se succéder les uns aux autres. Le danger viendra du radoucissement observé après le 31, du fait d’un vent d’altitude doux et humide, dans un flux d’ouest bien établi. De fortes précipitations et de la douceur - l’isotherme remonte à 3000 m - il n’en faut pas davantage pour provoquer, en deux jours seulement, la fonte du manteau neigeux à peine constitué. Les bassins savoyards se mettent tous à ruisseler. Or, c’est bien connu : ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes crues !

quais de Grenoble en 1859 gravures

Témoignages

A lire sur notre site :
- Note détaillée et intégrale de Jean-Joseph-Antoine Pilot de Thorey sur l’inondation de 1859.
- Témoignage du gendarme Marot (procès-verbal du 2 novembre 1859).
- Lettre au préfet de l’Isère de Jullien de Lisle, syndic directeur du Haut-Tencin, le 5 novembre.
- Hauteurs d’eau dans les rues de Grenoble le 2 novembre 1859 (source : Pilot de Thorey).

Quai Perrière, le 3 novembre 1859

Isère au quai Perrière en 1859 Un quai aujourd’hui nommé quai des pizzerias...

Quai Napoléon, le 3 novembre 1859

Isère au quai Napoléon en 1859 (Bibliothèque Municipale de Grenoble)Aux portes du Jardin de ville, l’emplacement occupé aujourd’hui par la gare des Bulles de Grenoble...

La plaine de Grenoble inondée

Plan général de l’Inondation de 1859 dans la plaine de Grenoble (Archives Départementales de l’Isère). Carte établie par un ingénieur, en 1878, dans le cadre de la préparation d’un plan de défense contre les inondations. NB : la convention classique d’orientation du Nord vers le haut est inversée.

Carte de Grenoble inondée par la crue de 1859

En savoir plus

Pour d’autres informations sur la crue de 1859 :
- Sur le site internet du Pôle Grenoblois pour la prévention des Risques Naturels : les actes du colloque relatifs au contexte géographique, hydrométéorologique et hydraulique de la crue, ainsi qu’à "l’Isère aujourd’hui et demain".
- Voir la vidéo de l’intervention de Michel Pinhas durant ce colloque. Durée 20 mn.
- Consulter la rétrospective historique du système d’endiguement de l’Isère dans le Grésivaudan.
- Sur le site internet de l’Institut des risques majeurs, retrouvez d’autres articles.

[1] Initié par Napoléon au début du 19e siècle, en vue de sécuriser les routes conduisant ses troupes vers l’Italie.

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