Espaces et temps de l’inondation


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> Créé le 18 novembre 2009 | Modifié le 4 décembre 2016
Denis CoeurA la jonction de l’information historique et des sciences de l’environnement, entretien avec Denis Cœur, docteur en histoire, spécialiste de l’aménagement du territoire et des risques naturels.

Vous êtes un historien averti en matière d’hydrologie. Comment concilier ces deux domaines ?
En tant qu’historien, mon interrogation s’est portée très tôt sur la genèse du territoire, en particulier son rapport avec les événements naturels dommageables, notamment l’inondation. A priori, je suis plutôt versé dans les sciences humaines. Dès mes premiers sujets de recherche, j’ai rencontré des spécialistes des sciences de la nature, en particulier des hydrologues. C’est pour cette raison que mon travail d’expertise se situe aujourd’hui à la frontière de ces deux disciplines, mais avec d’autres aussi comme la nivologie ou la géologie.

Comment les ingénieurs perçoivent–ils votre intervention ?
Toute l’histoire de l’aménagement du territoire montre le rôle fondamental qu’ont joué les ingénieurs. Un territoire se manifeste par un certain nombre d’objets techniques qui l’ont investi dans le passé. C’est le cas pour les digues : elles ont été érigées pour juguler les torrents, canaliser les cours d’eau. L’histoire générale est autant humaine que technique. Le registre technique conditionne en partie l’aménagement du territoire : il participe à la construction matérielle de l’espace. Habituellement, la posture de l’historien est plutôt d’être en décalage avec le présent. Pour ma part, j’ai choisi d’aller sur le terrain, de voir comment aujourd’hui l’information historique permettait de comprendre certaines situations, comment elle pouvait contribuer à la recherche de solutions techniques ou à l’amélioration de la prise de décisions.

Cette approche est encore peu courante en France ?
Oui, mais les mentalités évoluent, sans doute parce que, du fait de l’urbanisation, les enjeux sont maintenant plus forts qu’ils ne l’étaient il y a cinquante ans. Derrière tout projet d’aménagement, il y a des problématiques politiques, sociales et culturelles. Devant un événement de type inondation, un territoire est vulnérable et, souvent, avant même d’élaborer un diagnostic, il faut comprendre comment on en est arrivé là, quelles sont les raisons qui ont conduit à cet état des lieux, quand et comment les décisions ont été prises, dans quel contexte politique ou technique... Même pour modéliser certains phénomènes de façon scientifique, il n’est plus rare de faire appel à des données historiques.

Revisiter le passé pour mieux comprendre le présent…
Il faudrait mettre tout projet d’aménagement du territoire dans une perspective historique et géographique. L’un des enjeux majeurs auquel notre société se trouve confrontée réside là : il faut s’interroger à la fois sur l’espace et sur le temps qu’on habite. Tout territoire a une histoire. En tant qu’historien-conseil, ce qu’on me demande c’est de prendre du recul, de réinvestir le passé, de le mettre en lumière ou en musique par rapport aux questions qui se posent aujourd’hui, par rapport aux enjeux auxquels un territoire donné est confronté.

Genèse d’une politique publique



L’ouvrage de Denis Coeur titré « La Plaine de Grenoble face aux inondations : genèse d’une politique publique du XVIIe au XXe siècle » est paru en 2008 aux éditions Quae.


Le retour d’événements naturels extrêmes est aujourd’hui une réalité planétaire, et un enjeu de taille pour les politiques publiques de prévention. À travers l’exemple de la plaine de Grenoble et le suivi de la chronique des crues du Drac et de l’Isère sur quatre siècles, l’auteur s’attache à décrire l’engagement des autorités locales ou centrales, face à ces excès de la nature. L’entreprise technique d’endiguement, supervisée à partir du 17e siècle par les ingénieurs des ponts et chaussées, marque à l’évidence une étape importante dans cette histoire, y compris dans le champ des représentations collectives. Elle n’en réduit pas pour autant le rôle des édiles et des populations locales. Les premiers dispositifs de prévention, de secours aux habitants, d’anticipation des décisions ou de préparation de plan d’urgence s’appuient de fait largement sur une connaissance empirique des lieux et sur les savoir-faire locaux.
En annexe, une sélection de documents originaux extraits des archives — photos, cartes, dessins, plans — illustre les différentes facettes de l’engagement séculaire des collectivités face au retour des inondations.
Cet ouvrage s’adresse plus particulièrement aux décideurs, aux collectivités territoriales et à tous ceux, ingénieurs, historiens ou amateurs éclairés, qui sont intéressés par la prévention, l’histoire des phénomènes naturels extrêmes à l’échelon local ou régional.

Regard critique

A propos de l’ouvrage de Denis Coeur, lire le compte rendu de Christine Peyronnard, ex-formatrice IUFM à Chambéry et historienne de formation.

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