Genèse de la solidarité contre l’inondation


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> Créé le 31 août 2008 | Modifié le 4 décembre 2016
La multiplicité des intervenants sur et autour des digues peut engendrer une certaine confusion pour les non initiés. Afin de comprendre la situation actuelle, remontons le temps…

Dès le moyen âge, les propriétaires riverains de cours d’eau se regroupent afin de mutualiser leurs moyens dans la lutte contre les inondations. Les corvées et l’affouage permettent souvent d’assurer l’entretien courant des digues. Progressivement, le droit reconnaît l’existence juridique des riverains en matière de travaux publics. La gestion des biens communs est alors partagée entre communautés et riverains. La réalisation et l’entretien des ouvrages sont à l’initiative privée ou locale.

Riverains et associations syndicales
En 1720, puis en 1764, c’est la gravité de la situation posée par les crues destructrices des cours d’eau torrentiels en Dauphiné qui amène l’Etat à prendre l’initiative dans un contexte politique local tendu. Suite aux lettres patentes du 8 juillet 1768 [1], communautés et particuliers se chargent des travaux. Ce sont les prémices des associations syndicales, nouvelles collectivités publiques qui seront entérinées par les lois de 1807 et 1865. Dans la loi du 16 septembre 1807, l’Etat confirme cependant que la réalisation de travaux de protection contre les inondations relève des propriétaires privés [2].

Gravure ancienne montrant Cularo, le village gaulois qui deviendra Gratianopolis, puis Grenoble. L'actuel quartier de la gare et l'Ile Verte ne sont que méandres de l'Isère et du Drac : "Le Serpent et le Dragon".Peu à peu, ces associations libres se transforment en - associations syndicales « officielles » (forcées ou autorisées), mais la faiblesse relative de leurs ressources limite l’importance de leurs travaux à des levées de terre autour des parcelles ou des confortements ponctuels de berge. L’intervention de l’Etat modifie peu à peu le dispositif. Dans la région grenobloise, le véritable réengagement de l’Etat a lieu après 1830, avec la création du Ministère des Travaux Publics. On assiste alors, en quelques années, à une multiplication du nombre des associations syndicales. Au total, près de 35 coexistent le long de l’Isère et du Drac - 12 à l’aval de Grenoble, 23 à l’amont – ce qui finit par rendre la situation ingérable.

La recrudescence des crues dévastatrices à compter des années 1830, avec notamment celle de 1859, aboutit en 1862 à un règlement particulier dans la vallée de l’Isère, entraînant des fusions d’associations syndicales. De nouvelles possibilités de financement permettent la réalisation d’importants travaux au cours de la seconde moitié du 19e siècle. Le dispositif permet, en une trentaine d’années, d’exhausser et de consolider les anciens ouvrages, de combler les lacunes et surtout d’établir un réseau de drainage efficace à l’amont de Grenoble, sur toute la rive droite et une partie de la rive gauche de l’Isère. Sur le terrain, la situation de l’Isère devient de nouveau préoccupante dès la fin du I9ème siècle, du fait de la surélévation régulière du lit de la rivière. A l’échelle de la vallée, les associations ne peuvent assurer la coordination de leurs efforts.

Tout en laissant aux riverains leur part de responsabilité et de financement, l’Etat souhaite alors assurer un meilleur contrôle des tâches et des finances, et ce dans le cadre d’un schéma d’aménagement qu’il maîtriserait. Au sortir de la première guerre mondiale - et avec le souvenir des dégâts occasionnés par la crue de 1914 - de nombreuses initiatives sont prises au plus haut niveau. Elles conduiront le Conseil d’Etat à créer par décret - en 1936 - l’Association Départementale des collectivités intéressées à l’aménagement des plaines de l’Isère et du Drac, un organisme regroupant les syndicats riverains, le Département de l’Isère et les communes incluses dans le périmètre fixé.

Pour connaître la suite de l’histoire de nos digues, rendez-vous sur la page Naissance de l’AD.

L’Isère en ville...

En barque dans les rues de Grenoble

Mémoire du risque

Histoires de crues et d’endiguements pour lutter contre l’inondation...
- Chroniques de l’endiguement de l’Isère amont
- Retours sur la crue historique de 1859
- Grenoble inondé le 2 novembre 1859
- 1928 : les deux rives inondées en aval de Grenoble
- 1936 : Naissance de l’AD
- 1948 : la plaine de Moirans sous les eaux
- 1948 : les réparations de la brèche du Palluel
- 1968 : la coupure de la boucle de Bois Français
- L’AD : un acteur parmi d’autres

La vallée inondée...

Sources

Hormis le plan, ces gravures de Diodore Rahoult et Dardelet ont été éditées en 1860 dans l’ouvrage "Grenoble Malhérou" qui inclut le récit de l’inondation de 1733 écrit par le poète François Blanc, dit Blanc-la-Goutte.

[1] « Les réparations et ouvrages qui sont à faire contre les rivières et torrents n’intéressant souvent qu’un certain nombre de particuliers dans une communauté, et non la généralité des habitants, ordonnons en ce cas, que les particuliers intéressés seront tenus de se syndiquer et de se soumettre tout en commun et solidairement au paiement de la somme pour laquelle ils devront contribuer aux dits ouvrages... »

[2] L’article 33 de cette loi précise : « Lorsqu’il s’agira de construire des digues à la mer, ou contre les fleuves, rivières ou torrents navigables ou non navigables, la nécessité en sera constatée par le Gouvernement et la dépense supportée par les propriétés protégées, dans la proportion de leur intérêt aux travaux ; sauf le cas où le Gouvernement croirait utile et juste d’accorder des secours sur les fonds publics ».

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